Lotus Elise 111S, le poids c’est l’ennemi
Par   |  23 août 2018

Ah le light, autant en matière d’alimentation ça ne fait pas rêver grand monde, autant en matière d’automobile, c’est une autre histoire. A commencer par Sir Colin Chapman, qui en a un fait un peu plus que son adage, en l’appliquant avec passion à la construction de son rêve. L’Elise en fut la renaissance en 1996, alors que la marque est en grande difficulté, le retour aux fondamentaux se fait avec panache.
Look, poids, simplicité de construction, performances, cette ode à la Seven, mais en version infiniment plus moderne, coche toutes les cases avec un succès insolent. De succès il fut d’ailleurs question avec plus de 10 000 exemplaires vendus, qui ont redonnés des couleurs aux finances de la marque. Si une immense majorité des Elise fabriquées le sont en modèle « standard », quelques spécimens plus aboutis encore vont sortir des chaines de montages. La plus courante de ces évolutions, restant cette version S, qui, à peu de frais (culasse VVC pour 25cv de plus, aileron, phares sous bulle, freins modifiés, nouvelles jantes, entre autre) permettait de gagner encore en performance et plaisir. Un pur collector aujourd’hui, fabriqué à 1 489 exemplaires en 2 ans (1999-2000).

Qu’elle est belle lorsque l’on s’en approche, ligne ciselée, pas trop de fioritures, menue, une vrai supercar en réduction, avec cet avant rappelant un peu l’Europa des années 70 dans le positionnement des feux, ce profil ou la ligne ondule en douceur vers cet arrière rebondi percé par le double échappement central. Quelle incitation au plaisir, pas étonnant qu’un peu plus de 10 000 chanceux se soient laissé aller à signer un bon de commande !
Mais mais mais, c’est quoi ce diffuseur ? Et à bien y réfléchir, cette couleur n’était pas disponible sur la S, seulement sur les 99 Sport 135 ! Oui, mais non, chez Lotus, ça reste artisanal en 1999, et notre modèle du jour est une version de test et développement, que le constructeur, après l’avoir modifié, a revendu dans le plus grand calme un an plus tard. Démarche impossible aujourd’hui, mais typique du fonctionnement décalé de l’époque. Intéressant de voir cet exemplaire de travail arriver jusqu’à nos jours en l’état.

Montons à bord, enfin enjambons, enfin descendons, enfin… installons-nous comme on peut. Poc, les fesses se calent dans le petit baquet à peine rembourré à quelques centimètres du sol, et le volant me tombe déjà dans les mains, ok on va y aller alors D’autant qu’il n’y a pas grand-chose à voir, à part quelques boutons et comodos piqués sur des modèles de grande série (Citroën Ax, Peugeot 106…) et un petit combiné affichant le strict minimum.

Contact, moteur, m’ouais, le petit quatre cylindre Rover essaye de donner de la voie à travers son silencieux inox, mais ce n’est pas le grand frisson.
Première, ferme, directe, courte, et à nous la campagne, et ses routes… bosselées, pourquoi tant de haine ! Alors oui il va falloir regarder la route différemment, éviter les cailloux et les trous, voir les mégots de cigarette, sous peine de se faire chahuter. Pas de direction assistée non plus, mais vu le poids, pas de problèmes malgré le guidage direct. C’est précis, incisif même, et le nez ne demande qu’à mordre la corde si on lui demande gentiment. L’arrière suit sans se poser de question, et la motricité ne manque jamais sur le sec. La voiture se place à la demande et téléphone bien ses réactions compte tenu de l’empatement plutôt réduit. Elle est joueuse juste ce qu’il faut, sécurisante tant on sent qu’elle ne cherche pas à désarçonner son pilote, un bon gros kart, idéal pour apprendre le maniement d’une voiture de sport, y compris sur circuit ou elle peut faire souffrir des concurrentes bien plus huppés, pourvu que ça tournicote un peu.

Les rapports s’enchainent et le petit 4 cylindres, à défaut de se montrer démonstratif, fait le job, souple en bas, et montant dans les tours de manière linéaire, VVC on a dit, pas Vtec ! Avec 770kg à emmener (merci le châssis en aluminium), il se sent comme un poisson dans l’eau, et les performances, si elles ne sont pas très impressionnantes volant en main, sont tout à fait respectables face au chronomètre : un petit 6 secondes pour passer de 0 à 100km/h, pas mal pour une auto de 145cv et encore actuel pour une auto de bientôt 20 ans !

D’ailleurs, ça se passe comment pour entretenir une sportive Anglaise de 20 ans ? Plutôt bien, les consommables ne coutent pas grand-chose, la consommation est digne d’une citadine, et l’électricité est simple. Heureusement car elle trouve quand même moyen de quelques facéties… Il faut par contre être soigneux avec la mécanique, particulièrement son refroidissement, sous peine de sérieuses désillusions, mais rien d’anormal pour une sportive (Anglaises !) de collection. Puisque oui, la première génération d’Elise glisse doucement dans le monde de la collection, les cotes grimpant à cette occasion, et comme souvent, assez sévèrement.

Incroyable comme une recette simple, mais maitrisée peut apporter son lot de sensations, et disons-le, un bonheur indescriptible au volant d’une voiture, sans nécessairement disposer de 500cv. C’est le pari réussi avec brio pour cette Lotus 111S que l’on a bien du mal à voir partir au loin.

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